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Année 2013

Par le Président de l’association : Pierre-Yves Malo


L’année dernière, dans mon rapport moral, j’évoquais avec beaucoup de plaisir notre partenariat avec la Fondation Nationale de Gérontologie dans la construction de notre colloque sur « Les démences au croisement des non-savoirs ». Ce partenariat, s’il n’était pas nouveau, n’avait jamais atteint ce niveau et pouvait laisser présumer des prolongements intéressants, l’approche délibérément humaniste du vieillissement n’étant pas tant que cela représentée en France, comme d’ailleurs dans le monde.

Las, le décès de Geneviève Laroque, peu de temps avant le colloque, s’il représentait déjà une grande perte pour la gérontologie française, ne pouvait laisser présumer l’onde de choc de la fin de l’année 2013 : l’arrêt des activités de la FNG et du Cleirppa. Faute de subventions à un niveau suffisant, leur Conseil d’Administration a été dans l’obligation de mettre la clé sous la porte, laissant un nombre important de salariés dans l’angoisse et un grand vide au niveau de la gérontologie française, de son rayonnement, de ses ressources documentaires (même si à ce niveau on peut espérer que ce ne soit pas définitif et que cette activité, entre autres, pourrait être reprise).

Il m’apparaissait aujourd’hui important de commencer ce rapport moral par ce rappel des faits, car cela évidemment nous concerne. Le Centre Pluridisciplinaire De Gérontologie de Grenoble il y a peu d’années, la FNG, le Cleirppa, cela commence à faire beaucoup. Que des institutions de ce niveau-là, des institutions historiques, disparaissent ainsi montre la fragilité de notre secteur, ainsi que le peu de considération qui lui est dévolue. De fait, il n’y a plus grand monde en France aujourd’hui pour défendre la nécessité d’une approche du vieillissement, de la gérontologie, qui ne soit pas médicale ou, de façon moindre, sociale.

Il y a nous, notre association qui depuis bientôt 30 ans promeut une indispensable approche par les sciences humaines en gérontologie. Et cela nous oblige de plus en plus, nous met plus que jamais en situation de responsabilité : que cette approche persiste dans un contexte que l’on peut, à force, commencer à considérer comme délétère. Mais nous ne sommes pas sans atouts.

Notre première force, sans aucun doute, est de ne pas dépendre des subventions. Celles-ci ne représentent en effet qu’un très faible pourcentage de notre chiffre d’affaire. Notre association vit bien sûr des adhésions de ses membres, mais aussi et surtout de ses productions, et fort heureusement elle ne connaît pas la crise.

Pour ce qui est des adhésions, après quelques années de stagnation, leur nombre est de nouveau maintenant à la hausse, ce qui est un excellent indicateur de l’intérêt qui nous est porté et de la santé de notre association. L’objectif que l’on peut se donner est de passer la barre des 300 membres, et nous nous en approchons.

Autre excellent indicateur, le nombre de participants aux séminaires, colloques et autres Rencontres. L’année dernière, pour les 7èmes Rencontres, nous avons de nouveau battu un record, avec plus de 450 personnes inscrites. Cela est rendu possible par la constance, au fil des ans, de la qualité des interventions et par l’amélioration constante de l’organisation de ces manifestations. Un grand merci renouvelé aux bénévoles sans qui cette qualité de l’accueil et de l’organisation ne serait pas possible et qui, paradoxalement pour des bénévoles, tendent à se professionnaliser avec les années.

Notre objectif n’est cependant pas de remplir des stades, mais je suis personnellement heureux de constater que nous avons beaucoup de professionnels, d’établissements aussi, qui nous sont très fidèles au fil des années. Cela montre que ce n’est pas dû à un simple effet d’annonce, à une com’ mieux faite ou à un thème « facile », mais bien à la fidélisation d’un nombre de plus en plus important de personnes due à notre façon d’aborder les thèmes de la gérontologie et à notre sérieux.

Cela tient aussi bien sûr à la qualité des thèmes abordés, à leur actualité et à leur originalité. Le thème de ces 7èmes Rencontres, « Vieux couples et couples de vieux », en est une représentation. Un des critères, pour nous, dans la pertinence du choix des thèmes est le niveau et la dynamique des échanges qu’ils génèrent au sein de l’association. Ce thème des vieux couples a tout de suite plu et provoqué de nombreux échanges et une forte convergence de vues lors de la journée des adhérents, de différents CA ou dans le groupe de préparation des Rencontres. Quand ça prend, c’est souvent que c’est bon et qu’il y aura du plaisir à travailler.

Notre intelligence tient aussi au fait que l’on tient compte des besoins émergeants, de façon réactive. Il y a de plus en plus de psychologues à travailler dans les EHPAD ? Nous multiplions les groupes d’analyse de pratiques afin qu’ils ne se sentent pas trop seuls et qu’ils puissent réfléchir à une pratique complexe, différente, à construire encore et toujours. Et nous ne nous satisfaisons plus du séminaire mis en place au début des années 2000 intitulé « Psychologue en gérontologie », censé revenir tous les trois ans, mais nous proposons aussi depuis quelques années des séminaires presque annuels à destination de ces psychologues, tels que ceux proposés par l’antenne de Nantes. Cette antenne a de nouveau fait un gros travail l’année dernière pour organiser un nouveau séminaire en juin sur « le psychologue dans les dispositifs Alzheimer ». Pour ces séminaires, le nombre de participants est volontairement restreint afin de favoriser les échanges, il n’en est pas moins que tous les ans il faut être réactif pour s’inscrire car nous refusons pas mal de monde.

L’année dernière a aussi vu la poursuite de la recherche action déjà entamée l’année précédente, sur : « S’engager pour le bien-être et le bien-vieillir des seniors, actifs et retraités, en entreprise et dans la société ». Plusieurs comités de pilotage ont eu lieu à l’association avec les différents subventionneurs de cette recherche (FDF, AG2R la Mondiale, Ville de Rennes, Conseil Général…), intéressés par cette démarche innovante de formation et d’accompagnement des transitions, particulièrement celle de la retraite. La recherche se poursuit et un colloque de l’association est prévu en octobre prochain afin de rendre compte de ses résultats et de faire part des pistes d’amélioration et de prolongation du concept.

Avant de conclure, je souhaiterais une nouvelle fois féliciter le dynamisme des antennes qui travaillent, foisonnent de projets et qui continuent de participer activement au développement de notre association. Et cela pas seulement sur leurs territoire, mais au même titre que l’association rennaise sur le grand ouest et au-delà.

Si, donc, nous vivons un moment difficile pour la gérontologie française, amputée d’institutions historiques qui nous ont aidé nous-mêmes à nous construire et à construire notre pensée critique, nous ne pouvons que nous féliciter de la bonne santé de notre association. Il nous revient de continuer à œuvrer dans le sens et selon les valeurs que ces institutions ont promues, dans une continuité qui ne soit pas juste une préservation de l’histoire qu’elles représentent, mais bien dans l’innovation constante et la conscience des enjeux de notre temps, seules solutions pour perdurer dans un monde en mutation rapide.

Ce double mouvement, vers le passé (l’histoire, les valeurs) et l’avenir (l’innovation, la construction de nouvelles pratiques), nous allons sans doute le concrétiser dans un avenir proche. Avec le séminaire de novembre prochain sur l’évolution des pratiques du psychologue confronté à des situations institutionnelles nouvelles qui l’obligent à inventer une autre clinique. Mais aussi au travers d’un colloque, peut-être en 2015, sur l’histoire de la gérontologie. Nous y travaillons.

Le rapport moral a été approuvé à l’unanimité.