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Le Bulletin N°64

Bulletin de l’association - Mars 2019 - n°64




 


 


Les jours rallongent, le soleil brille, après une période hivernale qui n’en finissait pas les arbres refleurissent… Un peu d’air fait du bien !
Mais, paradoxalement, ce début de printemps est marqué par de drôles d’amalgames.
"Quand on est fragile, on ne se rend pas dans des lieux interdits."
Message d’Emmanuel Macron à Geneviève Legay, une manifestante de 73 ans gravement blessée lors de la dernière manifestation des "gilets jaunes" à Nice. Le président de la République a également souhaité "une forme de sagesse" à la retraitée et un prompt rétablissement car "pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable".
Et de dire son étonnement sur sa présence sur les lieux de la manifestation. A cause de son âge ? Parce que quand on est vieux, on est fragile ?
Fragile. Le mot est lâché. Un verre est fragile, une personne peut l’être également et l’on entend alors désigner un état d’instabilité, psychologique ou physique. Si la fragilité peut être vue comme une dimension intrinsèque, un état de l’individu à un moment donné de sa vie, la vulnérabilité est avant tout une dynamique, une interaction entre la personne et son environnement. La vulnérabilité est pourtant souvent confondue avec la fragilité et nous avons largement travaillé cette problématique à Psychologie & Vieillissement.
La vulnérabilité semblerait favoriser la possible agression. Pour Pascal Pignol, on retrouve là l’hypothèse de « prédisposition victimale ».
Les « personnes âgées » (73 ans, est-ce âgé ?), parce qu’elles sont « vulnérables », seraient des victimes désignées ou potentielles ?
Leur imputant, de ce fait, une certaine part de « responsabilité » dans la maltraitance exercée à leur encontre.
De vulnérabilité à victime : « pour qu’une victime puisse sortir du statut de victime dans lequel elle est, encore faut-il qu’elle ait pu y entrer ou encore, pour quitter une place, encore faut-il avoir pu l’occuper ». C’est ce qu’il nomme le processus de victimation.
Pour faire un lien avec l’éditorial, je vous invite à lire ou relire le livre D’Anne Dufourmantelle, docteur en philosophie et psychanalyste, décédée le 21 juillet 2017 des suites d’un arrêt cardiaque en tentant de sauver l’enfant d’une amie de la noyade. Elle semblait avoir le don rare de joindre l’acte à l’élégance de sa parole. Lorsqu’elle a publié Eloge du risque (Manuels Payot) la journaliste Danièle Laufer a réalisé une belle interview pour le magazine Prima. Elle disait : « Très concrètement, ne pas prendre de risque, c’est ne pas oser la liberté ».
Belle lecture…
Christiane Le Manac’h
Secrétaire de l’association